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" Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie " Albert Londres
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Le père Emile Shoufani en l'église de Nazareth à Plancoët (22) France
En tant que directeur d’école votre objectif est d’apprendre aux jeunes à dialoguer et à vivre ensemble, ce n’est pas difficile par rapport aux événements actuels ?
Le contenu de notre démarche ne change pas. Même pendant les événements nous tenons à établir ces rencontres. Les dialogues entre les professeurs, les parents d’élèves et les élèves continuent. Il faut cela pour revenir à de vraies valeurs démocratiques. Rappelons que l’état donne des aides à l’école, c’est donc reconnaître que les arabes israéliens sont des citoyens comme les autres.
Certains élèves devenus adultes vous poussent à croire que cette tentative d’ouverture débouche sur quelque chose de concret, de positif ?
Sur des choses concrètes directement non, ce n’est pas le but. Le but c’est que dans la formation que nous donnons aux élèves (16 à 18 ans), il y a le souci d’une éducation pour la paix. Dans le programme de l’école ils apprennent, comme d’autres matières, à dialoguer, à être patient, à ne pas être violent. La réponse à telle ou telle objection ne doit pas être prise comme une violence verbale. Cette éducation constitue la personne et la personnalité des élèves. Cela débouche sur le fait de ne pas avoir peur de l’autre. Que l’élève juif est là, qu’il existe, que je l’ai rencontré, que je le connais et vice versa. La construction et l’expérience des élèves sont essentielles. Dans cette connaissant il y a le respect qui peut déboucher sur une amitié durable.
Par rapport à votre action vous est-il arrivé de craindre pour votre vie ?
Ça me soucis peu. Comme citoyen Israélien, je dresse des critiques à l’action gouvernementale, c’est le jeu de la démocratie qui est indispensable. Je le fais dans ce sens. Ce n’est pas une position anti-Israélienne. Je veux simplement dire que la démocratie me donne le droit de critiquer et surtout de crier contre l’injustice et pour la non-violence, pour le droit des humiliés et des pauvres. Nous voulons des méthodes non violentes dans le dialogue. Ça ne plaît pas toujours à ceux qui ne voient que par des actes barbares. Ils attaquent les autres sous couvert des mots terroristes ou extrémistes. Je n’entre pas dans ce dialogue. Dans cette question Israélo-palestienne, il doit y avoir une justice et un droit pour les deux peuples. Que je ne plaise pas à tout monde, c’est certain. On vit dans une ambiance de violence, je dérange dans mon discours, donc oui je ne suis à l’abri de rien.
Pouvez-vous jouer un rôle encore plus important ? Comme celui de médiateur ?
Je ne suis pas tout seul, des juifs et des arabes pensent à la paix. Pour ma part, je tente de prouver par la vie de chaque jour et par mon travail que cette paix est possible. D’autres doivent suivre et prendre les choses en mains. Etre médiateur sur le plan de la rencontre, essayer d’ouvrir des portes, de discuter, de trouver des solutions, oui je suis celui là.
Manque-t-il toujours des intellectuels parmi la communauté arabes israélienne ?
Comparés à la capacité du monde juif, il nous manque effectivement des milliers de gens. Le but de l’école s’est véritablement de former des jeunes qui vont dans les universités israéliennes. Le dialogue à l’intérieur de l’état israélien doit être à égalité entre les deux populations. On est parti en 1948 d’une communauté qui n’avait plus de têtes car les intellectuels étaient tous partis. Nous n’étions qu’une communauté rurale. Pour amener un dialogue à égalité et se comprendre, nous devons former une jeunesse, femmes et hommes, pour y arriver.
Que vous inspire un humain qui a des bombes autour de lui et qui allume la mèche ?
Je répondrais indirectement. Ma propre vie est de servir l’homme. J’ai moi-même besoin des autres pour vivre. Le christ s’est fait homme avec un visage, celui des plus pauvres et de la victime. C’est aspect révèle la valeur de l’humain. L’homme porte ainsi en lui-même une parcelle divine. L’homme est unique, irremplaçable. C’est pour cela que je rejoins par la foi cette réalité. L’autre qui est en face est un monde à connaître, une richesse, un être à aimer. Cette pensée me donne une force. Dans la peur, la guerre, c’est d’autant plus vrai. Ça me donne l’assurance de ne pas avoir peur de l’autre. Tout cela pour dire que gâcher une valeur unique et irremplaçable n’est jamais bon. Nous ne sommes pas des numéros. Les numéros, on les efface. J’efface l’anonymat et le numéro pour mettre un visage.
A noter 3 livres : " Le curé de Nazareth ", " Voyage en Galilée " un livre de méditation et de réflexion sur les lieux en Galilée fait avec un photographe juif déjà sorti. Et puis " célébrer la lumière " texte de méditations. Et septembre 2002, chez Albin Michel, " Comme un veilleur attend la paix ", un dialogue entre le père Shoufani et un journaliste sur les événements actuels.
Textes et Photos Yann Chollet.
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