|

Tu bossais chez Drucker, avec
Ardisson ou sur Canal. T'as eu l'occasion de faire passer ton message. Tu
l'aimes ou pas la télé ?
J'aimerais l'aimer, c'est un instrument par lequel
pourrait passer les meilleures choses, et par lequel passe les pires. La télé
d'aujourd'hui nous dit : Dormez, tout va bien. Alors qu'elle devrait dire :
Réveillez-vous, tout va mal. La télé c'est du prosac, Drucker c’est un
tube. Ce mec là, charmant au demeurant c’est peut-être un antidépresseur
efficace finalement ? En fait, il faut arrêter de mentir en disant que la
censure n'existe plus. Si tu y parles du "mouduglandisme", on
t'appelle le ringard, le défaitiste, le casseur d’ambiance. En résumé, je
dis qu'il faudrait transformer sa télé en chiotte, comme ça, il y passera
régulièrement la même chose mais au moins ce sera la nôtre. On peut divertir
en parlant de choses vraies et pourquoi pas sérieuses, c’est encore plus
drôle.
Si tu pouvais citer un exemple de cette télé
prosac, quel serait-il ?
La réaction des médias et de l'opinion, lors des
attentats aux Etats Unis. Personne n'a osé dire, et tout de suite (après c’est
to late et trop facile), à qui profitait le crime. En réalité, les
Américains sont enfin retournés en Afganistan, leur pipeline va reprendre, ils
sont de nouveaux les commissaires du
monde. Quand j'ai entendu Bush dire le
lendemain des attentats, qu'il faudrait que l'Amérique s'ouvre sur le monde,
j'ai pensé à une ouverture. Et le surlendemain, c'était terminé. Il avait
repris son discours : Nous sommes le bien, ils sont le mal.
En t'écoutant, on pourrait penser que le monde
entier est pourri ?
Non, les jeunes ne demandent qu'à se réveiller,
beaucoup recommencent à militer. Mais on les gave d’antidépresseurs, d’anxiolytiques,
de vitamines, d’antibiotiques pendant toute leur jeunesse. Je me demande si
ça ne finit pas jouer sur leurs cerveaux. En plus lorsque t’es jeune et que t’as
vécu Mitterrand pendant 14 ans,
la trahison socialiste et le
sida, comment
peux-tu croire que certains sont honnêtes. Comment peux-tu penser que les
choses vont changer dans le bon sens, qu’on va répartir les richesses, que
les pauvres vont bouffer. En fait la machine les a broyés. A mon époque l’image
de la réussite c’était Tapie, il y a quelque temps c’était
Messier. Un
Tartuffe en remplace un autre, avec dans le rôle des valets de pieds, Jean Marc
Sylvestre et consorts. Le système est vicieux, on va dans le mur sans que
personne n’ose le dire.
Dis-le alors ?
Oui. L'occident c'est un camion qui roule à 100k/h
et qui explose tout sur son passage. Je ne comprends pas comment la société
peut avancer, en faisant autant de dégâts. Je pense qu'il faudrait lui retirer
son permis. Malheureusement, nous sommes pires que des moutons. Nous précédons
le troupeau en se demandant qui sera le plus mou, le plus peureux, le plus
arrangeant, mais le plus heureux de la terre. Tout le monde est mené par sa
peur et s'accroche à son siège. En continuant ainsi, on finira par être des
extra-terrestres sur notre propre planète. Amen.
Qui va nous sauver, ATTAC ?
Je suis sympathisant du mouvement anti
globalisation ATTAC, car c’est le seul à poser des questions, à ouvrir le
débat. Autrement, ces 15 dernières années, politiquement je n'ai rien vu.
Culturellement, on s’est enfoncé dans la bouse. Et par-dessus tout, la télé
nous a emmené dans le purin. Il ne s’est rien passé. Peut-être que nos
cerveaux, nos cœurs et nos rêves nous sauverons. Bref, nous.
Tu te sers de l’humour pour
faire réagir les gens, d’autres t’ont montré le chemin ?
Oui, mais ils sont tous morts.
Enfin pas tous. Des mecs comme Violet,
Vannier, Dieudonné passent un message.
Bedos, qui a bien mangé dans la gamelle, reste une référence. Et surtout,
mais celui là est mort, il y avait le maître
Desproges.
Pour toi, c’est quoi demain ?
J’aimerais continuer d’écrire
et surtout jouer. J’adore le métier de comédien, car c’est un jeu d’enfant
où l’on ment en permanence. Nous venons d’écrire un film, une comédie
dramatique avec mon metteur en scène Philippe
Sohier, dans laquelle l’on rit
et l’on pleure. Nous avons notre réalisateur, reste maintenant à trouver les
fonds. J’ai des romans plein la tête. Je travaille avec Laurent
Ruquier. La
vie va vite, mais tant que le cancer ne te rattrape pas, ça va.
|