" Notre rôle n’est pas d’être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie "

Albert Londres

 

 

Tu bossais chez Drucker, avec Ardisson ou sur Canal. T'as eu l'occasion de faire passer ton message. Tu l'aimes ou pas la télé ?


J'aimerais l'aimer, c'est un instrument par lequel pourrait passer les meilleures choses, et par lequel passe les pires. La télé d'aujourd'hui nous dit : Dormez, tout va bien. Alors qu'elle devrait dire : Réveillez-vous, tout va mal. La télé c'est du prosac, Drucker c’est un tube. Ce mec là, charmant au demeurant c’est peut-être un antidépresseur efficace finalement ? En fait, il faut arrêter de mentir en disant que la censure n'existe plus. Si tu y parles du "mouduglandisme", on t'appelle le ringard, le défaitiste, le casseur d’ambiance. En résumé, je dis qu'il faudrait transformer sa télé en chiotte, comme ça, il y passera régulièrement la même chose mais au moins ce sera la nôtre. On peut divertir en parlant de choses vraies et pourquoi pas sérieuses, c’est encore plus drôle.



Si tu pouvais citer un exemple de cette télé prosac, quel serait-il ?


La réaction des médias et de l'opinion, lors des attentats aux Etats Unis. Personne n'a osé dire, et tout de suite (après c’est to late et trop facile), à qui profitait le crime. En réalité, les Américains sont enfin retournés en Afganistan, leur pipeline va reprendre, ils sont de nouveaux les commissaires du monde. Quand j'ai entendu Bush dire le lendemain des attentats, qu'il faudrait que l'Amérique s'ouvre sur le monde, j'ai pensé à une ouverture. Et le surlendemain, c'était terminé. Il avait repris son discours : Nous sommes le bien, ils sont le mal.


En t'écoutant, on pourrait penser que le monde entier est pourri ?


Non, les jeunes ne demandent qu'à se réveiller, beaucoup recommencent à militer. Mais on les gave d’antidépresseurs, d’anxiolytiques, de vitamines, d’antibiotiques pendant toute leur jeunesse. Je me demande si ça ne finit pas jouer sur leurs cerveaux. En plus lorsque t’es jeune et que t’as vécu Mitterrand pendant 14 ans, la trahison socialiste et le sida, comment peux-tu croire que certains sont honnêtes. Comment peux-tu penser que les choses vont changer dans le bon sens, qu’on va répartir les richesses, que les pauvres vont bouffer. En fait la machine les a broyés. A mon époque l’image de la réussite c’était Tapie, il y a quelque temps c’était Messier. Un Tartuffe en remplace un autre, avec dans le rôle des valets de pieds, Jean Marc Sylvestre et consorts. Le système est vicieux, on va dans le mur sans que personne n’ose le dire.


Dis-le alors ?


Oui. L'occident c'est un camion qui roule à 100k/h et qui explose tout sur son passage. Je ne comprends pas comment la société peut avancer, en faisant autant de dégâts. Je pense qu'il faudrait lui retirer son permis. Malheureusement, nous sommes pires que des moutons. Nous précédons le troupeau en se demandant qui sera le plus mou, le plus peureux, le plus arrangeant, mais le plus heureux de la terre. Tout le monde est mené par sa peur et s'accroche à son siège. En continuant ainsi, on finira par être des extra-terrestres sur notre propre planète. Amen.


Qui va nous sauver, ATTAC ?


Je suis sympathisant du mouvement anti globalisation ATTAC, car c’est le seul à poser des questions, à ouvrir le débat. Autrement, ces 15 dernières années, politiquement je n'ai rien vu. Culturellement, on s’est enfoncé dans la bouse. Et par-dessus tout, la télé nous a emmené dans le purin. Il ne s’est rien passé. Peut-être que nos cerveaux, nos cœurs et nos rêves nous sauverons. Bref, nous.

 

Tu te sers de l’humour pour faire réagir les gens, d’autres t’ont montré le chemin ?

 

Oui, mais ils sont tous morts. Enfin pas tous. Des mecs comme Violet, Vannier, Dieudonné passent un message. Bedos, qui a bien mangé dans la gamelle, reste une référence. Et surtout, mais celui là est mort, il y avait le maître Desproges.

 

Pour toi, c’est quoi demain ?

 

J’aimerais continuer d’écrire et surtout jouer. J’adore le métier de comédien, car c’est un jeu d’enfant où l’on ment en permanence. Nous venons d’écrire un film, une comédie dramatique avec mon metteur en scène Philippe Sohier, dans laquelle l’on rit et l’on pleure. Nous avons notre réalisateur, reste maintenant à trouver les fonds. J’ai des romans plein la tête. Je travaille avec Laurent Ruquier. La vie va vite, mais tant que le cancer ne te rattrape pas, ça va.

 

 

 

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